"AVIS AUX ÉTRANGERS" Une certaine France est de retour

16.01.2006 | Farid
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J’ai un soft "le monde diplomatique de 1978 a 2004" que je vous le recommande fortement c’est tous les articles du mode diplomatique de 1978 a 2004, en recherchant sur un theme, on peut voir l’evolution du sujet sur 25 ans, j’ai appris comme ca que la silicon valley c’est au depart l’industrie microelectronique qui fait sa renomme d’ou son nom et qu’avant c’etait un desert avec beaucoup de misere...
Ce qui est bien aussi c’est que les articles sont disponibles en francais, anglais, espagnol si vous voulez ameliorer votre anglais.
Je vous ai selectionne un article interessant qui date de 1986 sur le theme immigration et politique securitaire. Finalement on se rend compte que le discours de la droite sur plus de securite / moins d’etrangers est pas du tout nouveau mais qu’il s’agit simplement d’une epoque ou les francais ont besoin d’entendre ce discours d’ou des propos "tres limites" de beaucoup de politiciens, on flatte les bas instincts du peuple.
A quand le bout du tunnel ?
Du cote de Le Pen c’est du classique : On crie haro au chômage provoqué par les immigrés... "Il suffirait de les renvoyer tous chez eux pour que..." La fin est trouvée, on ne lésine pas sur les moyens. Dieu merci cependant, ce n’est qu’une "certaine France" et non la France qui raisonne ainsi.
Le passage sur les espagnols envahissant le sud ouest m’a bien fait rigoler.
On remarquera enfin que le mot Arabe est desormais raye du vocabulaire journalistique on prefere desormais parler de "beur" ou de "maghrebin".

par Philippe Videlier (Aout 1986)

L’OPINION publique se montre, paraît-il, satisfaite des mesures d’esprit sécuritaire prises par le gouvernement à l’encontre des étrangers.

"Avis aux étrangers : Dans l’intérêt de l’ordre public, le préfet du Rhône rappelle que tout étranger surpris à manifester sur la voie publique se verra immédiatement appréhendé et reconduit à la frontière, quelle que puisse être sa situation personnelle tant au regard des autorités françaises qu’au regard des autorités de son pays d’origine. Cette mesure trouvera son application particulièrement rigoureuse dans les jours qui vont venir, spécialement le 1er mai, et pendant la période électorale où les étrangers n’ont rien à voir (1) ."

Suppression du renouvellement automatique de la carte d’identité des étrangers résidant en France depuis plus de cinq ans. Trois mille cinquante expulsions prononcées au cours du premier trimestre. Aggravation des peines pour les étrangers condamnés de droit commun ou frappés d’expulsion. Nous sommes en l935. Telle est l’oeuvre des gouvernements Flandin et Laval en matière d’immigration.

Un bel héritage, qu’assumait pour l’essentiel le projet de loi relatif aux conditions d’entrée et de séjour des étrangers en France déposé en 1986 sur le bureau de l’Assemblée nationale : expulsion administrative, levée des garanties judiciaires, notion discutable de "menace pour l’ordre public" , fin de l’automaticité du renouvellement de la carte de séjour. Dans une déclaration publiée le 20 juin, la Ligue des droits de l’homme jugeait, avec une trentaine d’autres associations, le texte "extrêmement dangereux" : "Ne sont plus garantis contre l’expulsion ni ceux qui sont entrés en France avant l’âge de dix ans, ni ceux qui y résident régulièrement depuis plus de dix ans dès lors qu’ils ont été condamnés à un moment quelconque pour une infraction mineure, ni les mineurs de dix-huit ans dans la mesure où ils peuvent être contraints à suivre leurs parents expulsés (2). "

Il aura fallu la grève de la faim de vingt et un jours de deux jeunes Arabes de Lyon, Djida Tazdaït, vingt-neuf ans, de nationalité algérienne, et Nasser Zaïr, vingt-quatre ans, de nationalité française, pour que l’on s’émeuve et que le texte soit amendé.

Mais derrière M. Pierre Mazeaud, député RPR de Haute-Savoie, d’autres pensent déjà à une refonte du code de la nationalité, non plus fondé sur le jus soli , le droit du sol, mais sur une curieuse adhésion à une singulière identité française, par un examen de passage et un serment de fidélité à la Constitution. Un serment fort ennuyeux, soit dit en passant, puisqu’il aurait contraint, en 1958, tous les étrangers naturalisés depuis la guerre à voter "non" au référendum sur la Constitution proposé par le général de Gaulle, pour ne point se rendre coupables de parjure en renonçant à celle de 1946.

Tribut payé aux aspirations sécuritaires d’une partie de la société française, ces diverses initiatives, sans régler aucun des problèmes qu’elles sont censées résoudre, aboutissent à ce résultat paradoxal : l’insécurité règne dans la population immigrée. "Il y a une espèce de fatalisme qui est en train de renaître et qui avait un peu disparu il y a quelques années , explique M. Rebai Mehentel, président de SOS-Racisme à Lyon, qui est : de toute façon, on n’est pas chez nous. C’est vrai qu’une fois qu’on a dit ça soit on rentre, soit on accepte." Beaucoup, en effet, sont rentrés depuis qu’un sentiment croissant d’hostilité s’est combiné aux difficultés économiques pour faire sentir aux immigrés la rigueur des temps. En novembre dernier, les ministères de l’intérieur et du travail estimaient à quarante-cinq mille, dont 56,3 % de Maghrébins, le nombre d’immigrés rentrés définitivement dans leur pays en 1985 (3).

Ainsi, un tiers environ de l’effectif d’immigrés de Paris-Rhône, importante entreprise d’équipements électriques de la région lyonnaise réputée pour ses bas salaires et la pénibilité des conditions de travail, a choisi de bénéficier de l’aide au retour dans le cadre d’une vaste restructuration : soit près de quatre cents personnes. "Un grand nombre d’immigrés ont pensé que c’était là la dernière chance, une chance à ne pas laisser passer, parce qu’on n’avait plus du tout de garanties sur l’avenir" , commente M. Jérôme Faynel, délégué CFDT au comité hygiène et sécurité. "Autant eux disent : "oui, j’ai un projet, je vais acheter un camion, et ça se passe assez bien pour eux" , autant par rapport aux enfants c’est loin d’être évident." L’éventualité d’un retour au pays, sa possibilité même, se pose en termes de générations. Beaucoup de jeunes issus de l’immigration sont nés ici. Pour eux, le mot "retour" ne signifie rien. Pour beaucoup d’autres, venus enfants en France, cela n’a pas plus de sens.

C’est pourquoi les jeunes Arabes de Lyon et banlieue ont inscrit sur leurs badges, dans un hexagone, leur profession de foi : "J’y suis, j’y reste." "J’y suis, j’y reste , dit Djida, cela n’a rien de provocant : c’est un minimum commun. A partir de là, tu discutes avec les gens. S’ils n’admettent pas cela, on ne peut pas discuter. Le minimum commun, cela ne veut pas dire obligatoirement : je reste. C’est un besoin d’ouverture pour qu’il y ait un réel choix des gens, pour que les gens puissent choisir leur retour, le fait qu’ils restent, leur intégration, leur insertion, sans pression." La menace de l’expulsion est vécue comme une mesure de suspicion a priori par la jeunesse issue de l’immigration, et l’expulsion pour délit mineur comme une double peine, un bannissement , peu compatible avec l’égalité de tous devant la loi.

Fausses évidences

L’ÉQUATION martelée depuis plus de trois ans, immigré = délinquant a fait son oeuvre. Aux élections cantonales de mars 1985, une candidate gaulliste de Villeurbanne dénonçait ces "quatre millions d’étrangers en France qui pour la plupart ne veulent connaître que leurs droits et ignorer leurs devoirs (4) " .

Sans doute cette idée apparaît-elle en filigrane des textes proposés aux votes des députés par la nouvelle majorité. Contre cette fausse évidence, le cardinal Decourtray, archevêque de Lyon, rappelait dans une interview à Libération que "si les jeunes Arabes ont des devoirs, ils ont aussi des droits (...) A l’heure actuelle, le mouvement bascule et consiste à dire qu’ils n’ont que des devoirs. Il faut montrer que droits et devoirs sont inséparables (5) " . Au fond, le texte gouvernemental, par ce qu’il crée d’insécurité, n’aurait pour effet que de reléguer les immigrés et leurs enfants un peu plus à la marge de la cité. Mais n’est-ce pas là le désir secret d’une France sécuritaire ?

M. Alain Griotteray (PR) souhaitait il y a peu placer les étrangers devant l’alternative suivante : "s’assimiler pleinement à la France ou repartir (6) " . Mais, si s’assimiler pleinement signifie changer de peau, il s’agit d’un exercice difficile, même pour M. Griotteray. "L’insertion ne se décrète pas , dit Nasser Zaïr : culturellement, je n’ai pas à me définir. Je suis ce que je suis, je n’ai pas à m’inféoder à un modèle." En fait, reprend Djida Tazdaït, "la réflexion sur insertion, intégration, est crispée parce qu’on dirait que la France, dans le monde actuel qui se rapetisse de plus en plus à cause de la communication, de la mobilité des gens, et notamment de l’immigration, puisque c’est un moyen de mobilité et de communication, on dirait que c’est une enclave, par sa réflexion et sa manière de traiter les problèmes sociaux" .

Marguerite Duras, dans un billet du Monde , invitait il y a un an à imaginer une France privée de juifs, d’Arabes, sans Pologne et sans Afrique noire, "sans, disons le mot, internationalité" : "une société de région qui jamais ne prendra le large vers le dehors, qui restera assise devant sa porte à attendre la mort (7) " .

Contre cette France du repli qui ne réglera rien, les jeunes Arabes de Lyon plaident pour l’ouverture, et une certaine tradition. "C’est marrant , dit encore Nasser, que nous, on se retrouve dans la position de défendre les valeurs qui pourtant sont inscrites dans la Constitution française, contre l’arbitraire de l’Etat, pour le droit à la défense, le droit à la dignité humaine." C’est que, depuis quelque temps, il s’en est passé des choses en France.

Une vision fantasmatique

"C’EST ça la politique , disait M. Le Pen, peser sur son temps, sur les décisions du pouvoir, sur la pensée politique. Je pèse en m’exprimant, j’oblige toute la politique française à se droitiser, à se déterminer par rapport à moi. C’est démocratique parce que ce que je pense, c’est ce que pense le pays (8). " Sur un point, au moins, le chef de file de l’extrême droite a raison : il a réussi à imposer sur la sécurité et l’immigration sa vision fantasmatique de la réalité, devant laquelle les faits, eux-mêmes, doivent s’incliner.

M. Le Pen s’étonne des statistiques du ministère de l’intérieur "qui décompte de moins en moins de Maghrébins alors que nous en voyons de plus en plus (9) " , et annonce hardiment "face au public" que les immigrés perçoivent en prestations sociales 108 milliards de francs de plus qu’ils ne cotisent, chiffre fantaisiste issu des acrobaties comptables du député RPR Georges Tranchant qui, aux objections argumentées, répond : "Je m’en fous (10). "

Bien que les étrangers aient une consommation médicale inférieure à la moyenne de la population, M. Le Pen voit des hôpitaux parisiens "occupés aux trois quarts par des étrangers, laissant aux Parisiens, et donc à tous les Français, le seul droit d’aller consulter les sorciers de Ouagadougou (11) ".

M. Pasqua, ministre de l’intérieur, conteste les chiffres sur la sécurité publiés par le préfet Fougier et, avec eux, la nécessité même d’une information impartiale du citoyen : "Le préfet de police, il dépend du gouvernement. Et généralement, il fait ce que le gouvernement lui dit de faire. (...) Avant de donner les chiffres, Il demande au gouvernement s’il est d’accord pour qu’on les donne (12). "

M. Jean-Claude Gaudin, président du groupe UDF à l’Assemblée, se sent à Alger lorsqu’il entre à Marseille par la porte d’Aix (13).

M. Griotteray se demande si la Sécurité sociale va rembourser l’excision et si l’on va "protéger les vaches dans les quartiers hindous () " .

Dans une "convention libérale", on réclame des "tribunaux spéciaux pour les étrangers" ; "les Asiatiques, ça va, mais les Africains... c’est l’invasion !" (Des voix :) "La colonisation ! (14) " .

De tels débordements, considérés comme électoralement rentables, la dissolution de la valeur de vérité ont, sur la démocratie, des effets pervers dont on mesure encore mal l’ampleur. "Ce que pense M. Le Pen n’est pas important , confiait aux journalistes le cardinal Lustiger. Ce qui m’inquiète, c’est ce qui se passe dans la tête des Français. J’ai peur d’avoir honte pour mon pays (15). " A la question de savoir s’il trouvait les jeunes grévistes de la faim révoltés, Mgr Decourtray répondait : "Non, désespérés." Sans doute y a-t-il pour eux matière à désespérer. Une certaine France est de retour.

Le Figaro Magazine du 26 octobre 1985 présentait, on s’en souvient, en couverture, une Marianne voilée et, en pages centrales, un dossier sur l’immigration où l’on devait trouver, "révélés pour la première fois, les chiffres secrets qui dans les trente années à venir mettront en péril les identités nationales et déterminent le sort de notre civilisation" . "Serons-nous encore français dans trente ans ?" demandait la firme Robert Hersant. Une "enquête démographique jamais encore réalisée" . Vrai ? Voire !

L’altération du sang

IL y a soixante-cinq ans, le 29 septembre 1921, le Salut public , quotidien lyonnais défunt (donc irrachetable) se lamentait sur les conséquences de notre faible natalité. "Il est une autre conséquence grave de notre stérilité ; c’est l’invasion croissante des étrangers. Tout naturellement, en effet, les vides qui se créent tendent à se combler sous la poussée des populations plus denses vivant à la périphérie de notre pays : il y a là une sorte d’application démographique du principe des vases communicants. Le résultat en est une altération progressive du sang français par ces éléments hétérogènes qui ne cessent d’affluer de tous les points de l’horizon. (...) Le nombre des étrangers depuis 1850 marque un progrès exactement proportionnel à la marche de notre natalité : à mesure que celle-ci s’abaisse, leur chiffre grandit. C’est surtout après la guerre franco-allemande qu’on peut parler d’une véritable invasion."

La guerre franco-allemande, c’est celle de 1870. "Depuis un demi-siècle , poursuit le journal, une évolution très nette ressort des chiffres : la France est de plus en plus envahie par les peuples méridionaux. (...) Toutes les protestations n’y feront rien : dans vingt ans, les pays de la Garonne, dévastés par la dépopulation, seront en voie très avancée d’hispanisation, et les courses de taureaux y fleuriront comme à Séville ou à Saint-Sébastien, sans autre recours, pour les âmes sensibles, que le regret de la douce France (16). "

Dans vingt ans, disaient-ils ? Cela nous mène en 1941. La France était pleine d’étrangers, mais ce n’étaient pas ceux qu’on attendait.

La France chassa alors, ou livra à l’occupant, ceux que des gendarmes appelaient "la racaille" . A Marseille, ceux qui se sentaient déjà "gibier de camp de concentration" s’embarquaient, lorsqu’ils le pouvaient, "en franchissant les haies de gardes mobiles, casqués et mitraillette au poing, qui encadraient le quai et coupaient les passagers de tout contact avec les parents ou amis venus les accompagner, abrégeant les adieux par des bourrades ou des injures (17) " . Trois cent cinquante personnes quittèrent ainsi la France, un jour, sur le Capitaine Paul Lemerle. Parmi eux, André Breton, Victor Serge, Claude Lévi-Strauss, symboles de ce que ce siècle a produit de plus élevé dans le domaine des arts, de la morale et de la science.

D’autres eurent moins de chance : Walter Benjamin, écrivain juif allemand, se suicidait à la frontière espagnole pour échapper à la police. Il avait écrit : "C’est seulement à cause de ceux qui sont sans espoir que l’espoir nous est donné."

Philippe Videlier (aout 1986)



2 commentaires

"AVIS AUX ÉTRANGERS" Une certaine France est de retour 16 janvier 2006 Farid
en theorie il est payant mais tu sais te servir d’eMule !
"AVIS AUX ÉTRANGERS" Une certaine France est de retour 16 janvier 2006 Pierre
Ton soft comment on l’obtient ? Il serait pas un peu payant ? smiley

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